Les écrivains “en herbe” : Camille, 4e

La dernière chanson.

 Le trac me tordait le ventre, mes genoux tremblaient, j’étais coupé des autres. Les cris des fans qui nous réclamaient me semblaient assourdissants, comme si elles ne se trouvaient pas à deux cents mètres de moi, mais tout prés.

J’inspirai profonément. Je me tournai vers mon frère jumeau puis les autres membres du groupe. Tous étaient dans le même état que moi. Quelqu’un vint nous chercher pour monter sur scène. Presque à contrecoeur, je me levai suivi de Tom puis de Gustav. Nous avançâmes dans les couloirs où s’affairaient techniciens et directeurs.

L’agitation qui m’entourait me laissait indifférent. J’étais bien trop concentré sur mon trac. A chaque pas que je faisais, chaque enjambée, la peur de décevoir grandissait. J’avais l’impression que jamais elle n’atteindrait son apogée, que cette angoisse ne cessera jamais de grandir. Voilà, il fallait monter sur scène ! J’avais répété maintes et maintes fois, travaillé jusqu’à en avoir la voix rompue. Le coeur au bord des lèvres, je montai l’escalier qui menait à la grande estrade de bois. Les jambes flageolantes, je le montai avec la tête d’un condamné à la potence. Les projecteurs jetèrent leurs lumières sur moi, m’aveuglant un court instant. Les cris de mes fans retentissaient dans l’air rendu électrique par l’excitation. Soudain, avec la rapidité d’un éclair qui traverse le ciel, il y eut comme un déblocage en moi, comme une machine rouillée qui se remet à fonctionner. Les premiers accords de Schrei me parvinrent. J’approchai le micro de ma bouche et les paroles sortirent d’entre mes lèvres pulpeuses.

 Le trac, toute cette angoisse qui me rongeait avait disparu, comme neige au soleil. L’adrénaline se déversait à flots maintenant dans mes veines où pulsait un sang vermeil. L’excitation, cette impression de tout pouvoir faire, cette rage au ventre montait telle la vague d’un tsunami. Elle détruisait mes chaînes d’acier, me libérant de mon statut de mortel. Elle montait jusqu’au point de non-retour, jusqu’à son ultime apogée. La, elle explosa, projetant une myriade d’étincelles d’énergie dans mes muscles. Rien ne pouvait plus m’arrêter, je me donnais à fond.

 Derrière une struture métallique qui servait à accrocher les projecteurs, un meurtrier attend. Le canon de son pistolet était pointé vers le sol et ses yeux vifs suivaient chaque mouvement de l’homme qui avait détruit son ange. De l’homme qui allait  payer par son sang. Soudain, le chanteur se trouva dans  sa ligne de mire. Dans un geste sûr et sans hâte, il arma son pistolet, visa, tira.

 Claquement d’un coup de fusil dans l’air. Le bruit mat d’un corps qui tombe. Hurlements des filles qui voyent leur idole tuée sous leurs yeux.

Et dans l’ombre, un jeune homme au coeur brisé étira ses lèvres d’un sourire sans joie.

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